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Vice caché immobilier :
vos droits et recours

Mis à jour le 7 mai 2026 · Lecture : 11 minutes

Fissures structurelles dissimulées, humidité chronique masquée, infestation de termites, plomb ou amiante non déclaré, système d'assainissement non conforme. Voici ce que dit la loi (articles 1641 à 1649 du Code civil), comment qualifier le vice, et les recours concrets pour obtenir l'annulation de la vente ou une réduction de prix.

01 Définition juridique du vice caché (Art. 1641 CC)

La garantie des vices cachés est l'une des plus anciennes protections du droit civil français. Elle impose au vendeur de répondre des défauts cachés de la chose vendue — y compris lorsqu'il n'en avait pas connaissance au moment de la vente. En immobilier, elle s'applique aux ventes de maisons, appartements, terrains construits ou à bâtir.

Article 1641 — Code civil

« Le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l'usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l'acheteur ne l'aurait pas acquise, ou n'en aurait donné qu'un moindre prix, s'il les avait connus. »

Ce texte fondateur pose trois critères cumulatifs : le défaut doit rendre le bien impropre à l'usage (habiter, exploiter) ou en diminuer significativement l'usage, il doit être caché (non apparent lors des visites), et l'acheteur doit établir qu'il n'aurait pas acheté, ou aurait proposé un prix inférieur, s'il en avait eu connaissance.

Article 1642 — Code civil

« Le vendeur n'est pas tenu des vices apparents et dont l'acheteur a pu se convaincre lui-même. »

La frontière entre vice apparent et vice caché est souvent l'enjeu principal des litiges. Un défaut visible à l'œil nu lors d'une visite ordinaire est apparent — même si l'acheteur ne l'a pas remarqué. Un défaut décelable uniquement par un professionnel du bâtiment (sondages, analyses en laboratoire, ouverture de planchers) est en revanche caché. La jurisprudence est constante : l'acheteur non professionnel n'est pas tenu de faire réaliser un diagnostic complet avant l'achat.

Point clé : le vendeur est tenu de la garantie même s'il ignorait l'existence du vice (Art. 1643 CC). Sa bonne foi n'est pas un obstacle à votre action — mais elle limite la réparation : un vendeur de bonne foi ne doit que le remboursement du prix et des frais, pas les dommages et intérêts supplémentaires. Seul le vendeur de mauvaise foi (ou le vendeur professionnel, toujours présumé connaître les vices) peut être condamné à des dommages et intérêts.

02 5 cas types : fissures, humidité, termites, plomb/amiante, assainissement

Ces cinq situations concentrent l'essentiel des litiges de vice caché immobilier. Chacune présente des spécificités sur la qualification et la preuve à apporter.

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Fissures structurelles

Des fissures en façade peuvent être cosmétiques (craquelures de surface, enduit vieillissant) ou révéler un désordre structurel grave (fondations insuffisantes, mouvement de terrain, poussée des eaux). Les fissures profondes — traversantes, évolutives, en escalier sur les maçonneries — peuvent rendre le bien impropre à l'habitation. Si elles étaient dissimulées sous un ravalement récent, c'est un vice caché caractérisé.

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Humidité dissimulée

Infiltrations chroniques par la toiture, remontées capillaires dans les murs, cave inondable, ponts thermiques générant des condensations importantes. Si le vendeur a réalisé des travaux cosmétiques récents (peinture neuve, papier peint, carrelage posé sur plancher humide) pour masquer le problème, la mauvaise foi est facile à démontrer. L'humidité chronique engendre aussi des pathologies sur la charpente (pourriture, insectes xylophages) et sur la santé des occupants (moisissures).

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Termites et insectes xylophages

Le diagnostic termites est obligatoire dans les zones délimitées par arrêté préfectoral, mais son absence dans les zones non délimitées ne protège pas le vendeur : une infestation de termites ou de capricornes des maisons non déclarée constitue un vice caché si elle affecte significativement la structure. La preuve repose sur le rapport d'un technicien agréé (3R ou CBTP). Les dégâts sur charpente et planchers peuvent représenter des travaux de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

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Plomb et amiante non déclarés

Le CREP (diagnostic plomb) et le DTA (dossier technique amiante) sont obligatoires à la vente. Si ces diagnostics ont été falsifiés, ont omis des zones aminatées ou plombées, ou si des travaux postérieurs révèlent la présence de matériaux non identifiés dans le dossier, vous êtes face à un vice caché. La responsabilité peut aussi être engagée si le diagnostiqueur a commis une faute — recours parallèle contre lui et son assureur.

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Défaut d'assainissement non conforme

Pour les maisons non raccordées au tout-à-l'égout, un système d'assainissement non collectif (fosse septique, épandage) non conforme aux normes (arrêté du 7 mars 2012) peut constituer un vice caché si la non-conformité n'a pas été déclarée et si elle rend le bien impropre à l'habitation ou exige des travaux importants. Le DAAF (diagnostic d'assainissement) est obligatoire — mais sa réalisation ne suffit pas si les conclusions ont été minimisées ou si le système a été récemment "bricolé" pour passer le diagnostic.

Installation électrique et gaz dangereuses

Une installation électrique vétuste (absence de mise à la terre, tableau électrique non conforme, défaut d'isolation des circuits) ou un réseau de gaz présentant des fuites peuvent qualifier le vice caché si les diagnostics DPE ou gaz remis à la vente ne mentionnaient pas les anomalies. Attention : les diagnostics "informatifs" (DPE, électricité, gaz) n'engagent pas la responsabilité du diagnostiqueur de la même façon qu'un CREP ou DTA — mais un défaut dissimulé reste un vice caché actionnable contre le vendeur.

⚠️ Pièges courants : un vendeur qui renouvelle tous les revêtements (peinture, parquet flottant, carrelage) juste avant la vente rend certains vices moins détectables lors des visites. C'est un indice de dissimulation — mais pas une preuve automatique de mauvaise foi. L'expert devra établir que les travaux masquaient un vice connu du vendeur pour qualifier la mauvaise foi.

03 Les 3 conditions pour agir : antérieur, caché, grave

La garantie des vices cachés ne joue que si les trois conditions suivantes sont réunies. Une seule absente, et l'action échoue. Ce sont ces critères que le juge examine en premier.

1

Le vice est antérieur à la vente

Le défaut devait exister au moment de la signature de l'acte authentique de vente. Un problème apparu après la vente — suite à vos propres travaux, à une catastrophe naturelle postérieure, ou à un défaut d'entretien — n'est pas un vice caché. L'expert déterminera l'antériorité en analysant l'ancienneté des désordres (patine, profondeur des dégâts, couches successives de réparations cosmétiques). Plus le vice est ancien, plus la preuve d'antériorité est facile à établir.

2

Le vice est caché — non décelable par un acheteur non professionnel

Un vice est caché s'il n'était pas apparent lors d'une visite ordinaire et ne pouvait pas être décelé par un acheteur profane agissant normalement. La jurisprudence précise : l'acheteur non professionnel n'est pas tenu de faire réaliser des sondages destructifs avant l'achat. En revanche, s'il avait accès à des éléments visibles révélant le problème (fissures visibles dans la cave même si non visitée, odeurs d'humidité signalées, travaux récents évidents sur les murs), le vice pourrait être qualifié d'apparent. L'agent immobilier, s'il avait connaissance du vice, peut aussi voir sa responsabilité engagée.

3

Le vice est grave — rendant le bien impropre ou diminuant significativement son usage

Le vice doit être suffisamment grave pour que l'acheteur, s'il en avait eu connaissance, n'aurait pas acheté ou aurait offert un prix significativement inférieur. Un défaut mineur (quelques fissures de retrait superficielles, un robinet qui goutte) n'est pas un vice caché au sens juridique — il peut être une malfaçon ou une non-conformité, mais pas un vice caché actionnable. Les fissures structurelles qui compromettent la solidité du bâtiment, l'humidité chronique qui rend les pièces inhabitables, ou une infestation de termites détruisant la charpente sont typiquement qualifiés de graves.

Cas particulier du vendeur professionnel : un marchand de biens, un promoteur immobilier ou un constructeur est toujours présumé connaître les vices du bien qu'il vend. La clause "vendu en l'état" lui est inopposable. Il répond donc des vices cachés même s'il n'en avait pas connaissance, et peut être condamné à des dommages et intérêts. Pour un particulier vendeur, la preuve de sa mauvaise foi (connaissance du vice) est à votre charge — mais les clauses d'exclusion de garantie sont fréquentes et valables entre particuliers de bonne foi.

04 Délai de prescription : 2 ans à compter de la découverte

Article 1648 alinéa 1 — Code civil

« L'action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par l'acquéreur dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice. »

Ce délai de 2 ans est un délai de forclusion — non susceptible de suspension ou d'interruption ordinaire. Passé ce délai, l'action est définitivement irrecevable, quelle que soit la gravité du préjudice. C'est l'une des particularités les plus dangereuses de l'action en garantie des vices cachés.

Qu'est-ce que la "découverte" du vice ?

La jurisprudence définit la découverte comme le moment où l'acheteur a eu une connaissance certaine et suffisante du vice — et non le moment où il aurait pu ou dû le découvrir. En pratique :

  • La date du rapport d'expertise amiable identifiant le vice est souvent retenue comme point de départ.
  • Le premier devis de travaux mentionnant explicitement l'origine et l'ancienneté du problème.
  • Le signalement par un professionnel intervenu (plombier, couvreur) qui identifie une pathologie ancienne.
  • Le début d'une procédure de référé-expertise judiciaire interrompt le délai de forclusion — c'est pourquoi il faut agir vite.

🚨 Attention : le délai de 2 ans court même si vous ne connaissez pas encore précisément l'étendue des travaux. Dès que vous avez connaissance d'un vice potentiel grave, agissez immédiatement. Faites réaliser une expertise et déposez une requête en référé-expertise auprès du tribunal judiciaire pour interrompre le délai. Attendre d'avoir tous les devis peut vous faire perdre votre droit d'action.

Double limite temporelle : l'action en garantie des vices cachés est doublement encadrée. D'une part, les 2 ans à compter de la découverte (Art. 1648). D'autre part, la prescription de droit commun de 20 ans à compter de la vente (Art. 2232 CC), qui constitue un plafond absolu : même si vous découvrez un vice 22 ans après l'achat, vous ne pouvez plus agir. En pratique, la limite des 2 ans est celle qui joue presque toujours.

05 Action rédhibitoire vs estimatoire : choisir son recours

Article 1644 — Code civil

« Dans le cas des articles 1641 et 1643, l'acheteur a le choix de rendre la chose et de se faire restituer le prix, ou de garder la chose et de se faire rendre une partie du prix, telle qu'elle sera arbitrée par experts. »

Vous disposez d'un choix fondamental entre deux actions. Ce choix est définitif une fois exercé en justice — il faut donc bien évaluer votre situation avant d'agir.

Critère Action rédhibitoire Action estimatoire
Principe Annulation de la vente Réduction du prix de vente
Ce que vous obtenez Remboursement intégral du prix + frais (notaire, agence, intérêts) Vous gardez le bien + remboursement partiel du prix
Quand choisir Vice très grave rendant le bien inutilisable ou trop coûteux à corriger (ex. fondations à reprendre) Vice réparable mais coûteux, bien que vous souhaitez conserver (ex. toiture à refaire)
Montant de la réduction N/A (remboursement total) Déterminé par expertise judiciaire — en général proche du coût des travaux de remise en état
Dommages et intérêts Oui, si vendeur de mauvaise foi ou professionnel Oui, si vendeur de mauvaise foi ou professionnel
Complexité Plus complexe (restitutions croisées, état des lieux) Plus simple en pratique

Quid des dommages et intérêts ? L'article 1645 CC prévoit que si le vendeur connaissait les vices, il est tenu, outre la restitution du prix, de tous les dommages et intérêts envers l'acheteur. Le vendeur professionnel (promoteur, marchand de biens) est toujours présumé connaître les vices — il ne peut s'exonérer en plaidant l'ignorance. Pour un particulier, prouver sa mauvaise foi est plus difficile mais déterminant pour obtenir une réparation complète du préjudice (travaux déjà engagés, frais d'hébergement temporaire, frais d'expertise).

Et si le vendeur a exclu sa garantie contractuellement ?

La clause "vendu en l'état" ou "l'acquéreur renonce à toute garantie des vices cachés" est fréquente dans les compromis et actes de vente entre particuliers. Elle est valable uniquement si le vendeur était de bonne foi — c'est-à-dire s'il ignorait réellement le vice. Si vous prouvez la mauvaise foi du vendeur (rapports d'expertise antérieurs, travaux récents de dissimulation, déclarations de voisins, historique de sinistres assurance), la clause devient inopposable. La Cour de cassation rappelle régulièrement ce principe : nemo auditur propriam turpitudinem allegans — nul ne peut invoquer sa propre turpitude.

Rédigez votre mise en demeure en 2 minutes

Décrivez votre vice caché immobilier. JusteDroit identifie les articles applicables (1641, 1644, 1648 CC) et génère un courrier personnalisé à envoyer au vendeur ou à son notaire.

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06 Modèle de mise en demeure gratuit

Ce modèle couvre le cas le plus fréquent : un vice caché grave découvert après l'achat, avec demande de réduction de prix (action estimatoire). Adaptez les parties en bleu à votre situation. Pour un courrier personnalisé selon la nature exacte du vice (fissures, humidité, termites, amiante, assainissement) et votre choix entre action rédhibitoire et estimatoire, utilisez JusteDroit.

[Votre Prénom NOM]
[Votre adresse actuelle]
[Code postal, Ville]
[votre.email@exemple.com]
[Prénom NOM du vendeur]
[Adresse du vendeur]
[Code postal, Ville]

[Ville], le [Date]

Objet : Mise en demeure — Garantie des vices cachés — Articles 1641 et 1648 du Code civil — Vente du [date de l'acte] — Bien sis [adresse du bien]

Madame, Monsieur,

Par acte authentique reçu par Maître [nom du notaire], notaire à [ville], le [date de signature], j'ai acquis le bien immobilier sis [adresse complète du bien], au prix de [montant] €.

Or, le [date de découverte], j'ai découvert un [description précise du vice : ex. important problème d'humidité chronique affectant la totalité des murs du sous-sol et de la pièce principale du rez-de-chaussée], dont j'ignorais totalement l'existence au moment de l'achat et qui n'était pas visible lors des visites préalables à la vente.

Ce vice constitue un défaut caché au sens de l'article 1641 du Code civil, antérieur à la vente et suffisamment grave pour [rendre le bien impropre à l'habitation / diminuer significativement son usage]. Conformément à l'article 1644 du Code civil, j'entends exercer l'action estimatoire et obtenir une réduction du prix de vente correspondant au coût des travaux de remise en état, estimé à [montant] € selon le devis du [date] établi par [nom de l'entreprise], joint en annexe.

Je vous mets en demeure de me faire part de votre accord sur ce principe et de prendre contact avec moi dans un délai de 15 jours à compter de la réception du présent courrier.

À défaut de réponse satisfaisante, je me réserve le droit de saisir le tribunal judiciaire aux fins de référé-expertise, et d'y exposer votre refus de régler ce litige amiablement.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.


[Votre Prénom NOM]

[Signature manuscrite si envoi papier]

P.J. : Rapport d'expertise — Devis de travaux — Photos des désordres

Marc Dupont
8 allée des Chênes
44300 Nantes
marc.dupont@email.fr
Jean et Martine LEROUX
15 rue des Lilas
44000 Nantes

Nantes, le 7 mai 2026

Objet : Mise en demeure — Garantie des vices cachés — Art. 1641 et 1648 CC — Action rédhibitoire — Vente du 14 octobre 2025 — Maison sise 8 allée des Chênes, 44300 Nantes

Madame, Monsieur,

Par acte authentique reçu par Maître Giraud, notaire à Nantes, le 14 octobre 2025, j'ai acquis la maison sise 8 allée des Chênes, 44300 Nantes, au prix de 285 000 €. Or, lors des travaux de rénovation engagés en février 2026, j'ai découvert une infestation active de termites affectant la totalité de la charpente et des planchers du premier étage...

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Comment envoyer ce courrier ? Envoyez impérativement par lettre recommandée avec AR à l'adresse personnelle du vendeur (et éventuellement copie à son notaire). Conservez le récépissé d'envoi et l'accusé de réception signé — ces documents établissent la date de mise en demeure, qui fait foi pour le calcul du délai de 2 ans. Si vous ne connaissez pas l'adresse actuelle du vendeur, le notaire instrumentaire est tenu de vous communiquer ses coordonnées.

07 Expertise judiciaire : quand et comment la demander

L'expertise judiciaire est souvent l'étape clé qui fait basculer un litige en votre faveur. Le rapport d'un expert judiciaire nommé par le tribunal a une force probante considérablement supérieure à celle d'un expert amiable mandaté par vos soins.

Le référé-expertise : votre meilleur outil

Le référé-expertise est une procédure d'urgence devant le tribunal judiciaire, qui permet d'obtenir la désignation d'un expert judiciaire dans les meilleurs délais — généralement 4 à 8 semaines après le dépôt de la requête. Cette procédure est stratégiquement cruciale parce que :

  • Elle interrompt le délai de forclusion de 2 ans de l'article 1648 CC — vous ne pouvez plus perdre votre droit d'action si vous avez déposé la requête dans les temps.
  • Elle est contradictoire : le vendeur est convoqué, il ne peut pas contester les conclusions de l'expert en affirmant ne pas avoir été associé à la procédure.
  • Le rapport de l'expert judiciaire détermine généralement le montant de la réduction de prix ou l'annulation de la vente lors de la procédure au fond.
  • Elle est moins coûteuse qu'une expertise amiable de haute qualité : la consignation est fixée par le juge (généralement 1 500 à 3 000 €), récupérable en totalité si vous gagnez.
Étape 1 — Dès la découverte

Expertise amiable préalable

Faites réaliser une première expertise amiable par un expert en bâtiment (RICS, CEA, ou expert inscrit sur la liste d'une cour d'appel). Cette expertise : (1) date la découverte de façon certaine, (2) qualifie le vice, (3) estime le coût des travaux. Son coût (800 à 2 000 €) est à votre charge en amont, mais récupérable dans le cadre judiciaire si vous obtenez gain de cause.

Étape 2 — Dans les 15 jours

Mise en demeure au vendeur

Envoyez la mise en demeure recommandée avec AR, avec copie du rapport d'expertise amiable en annexe. Accordez un délai de 15 jours pour une réponse satisfaisante. Cette étape est souvent décisive : certains vendeurs préfèrent régler amiablement plutôt que d'affronter une procédure judiciaire.

Étape 3 — Sans réponse ou refus

Requête en référé-expertise

Déposez une requête en référé devant le tribunal judiciaire du lieu du bien immobilier (pas votre domicile). Un avocat est recommandé mais non obligatoire pour cette étape. Le juge des référés rend une ordonnance désignant l'expert judiciaire en quelques semaines. L'expert convoque les parties, visite le bien, réalise les sondages nécessaires, et remet son rapport au tribunal.

Étape 4 — Après le rapport d'expertise

Procédure au fond

Sur la base du rapport judiciaire, votre avocat introduit une assignation devant le tribunal judiciaire pour obtenir soit l'annulation de la vente (action rédhibitoire), soit la réduction de prix (action estimatoire), et éventuellement des dommages et intérêts. La durée de la procédure au fond est de 18 à 36 mois selon les tribunaux. La transaction amiable en cours de procédure est fréquente une fois le rapport d'expertise judiciaire rendu.

Conseil clé : conservez scrupuleusement tous les éléments prouvant que vous ignoriez le vice lors de l'achat — vos échanges avec l'agent immobilier, les éléments fournis lors des visites, le dossier de diagnostics remis par le vendeur. Si un diagnostic réalisé avant la vente ne mentionnait pas le vice, cela renforce considérablement votre dossier. Vous pouvez aussi engager une action contre le diagnostiqueur défaillant, en parallèle de celle contre le vendeur.

Pour comprendre comment rédiger une mise en demeure efficace quel que soit votre litige, consultez notre guide complet sur la mise en demeure →. Pour les litiges bancaires ou de consommation courante, découvrez aussi notre guide sur les garanties légales de conformité pour les biens mobiliers →

Questions fréquentes sur le vice caché immobilier

Qu'est-ce qu'un vice caché en immobilier ?
Un vice caché est un défaut grave qui réunit trois conditions selon l'article 1641 du Code civil : il est antérieur à la vente (il existait au moment de la signature de l'acte), caché (non apparent lors des visites, non décelable par un acheteur ordinaire sans sondages destructifs), et grave (il rend le bien impropre à l'usage ou en diminue significativement l'usage). Exemples : fissures structurelles dissimulées, humidité chronique masquée par une rénovation récente, infestation de termites, présence d'amiante ou de plomb non déclarée, système d'assainissement non conforme non signalé.
Quel est le délai pour agir en vice caché immobilier ?
2 ans à compter de la découverte du vice, selon l'article 1648 du Code civil. Ce délai est un délai de forclusion strict — passé ce délai, toute action est irrecevable. Le point de départ est la découverte certaine du vice (rapport d'expertise, devis identifiant la cause). Agissez immédiatement dès que vous suspectez un vice : faites réaliser une expertise et déposez une requête en référé-expertise devant le tribunal judiciaire pour interrompre ce délai. Ne pas le faire peut vous faire perdre définitivement votre droit d'action même en cas de vice avéré.
Que puis-je demander au vendeur en cas de vice caché ?
L'article 1644 du Code civil vous offre le choix entre deux actions. L'action rédhibitoire : annulation de la vente, avec remboursement intégral du prix de vente et des frais (notaire, agence, intérêts). L'action estimatoire : vous conservez le bien et obtenez une réduction du prix correspondant à la valeur du vice, déterminée par expertise judiciaire (en général proche du coût des travaux). Si le vendeur connaissait le vice ou est un professionnel (marchand de biens, promoteur), il peut aussi être condamné à des dommages et intérêts supplémentaires.
La clause "vendu en l'état" me prive-t-elle de mes droits ?
Non, pas nécessairement. La clause "vendu en l'état" est valable uniquement si le vendeur était de bonne foi — c'est-à-dire qu'il ignorait réellement le vice. Si vous prouvez qu'il connaissait le vice (travaux récents de dissimulation, rapports d'expertise antérieurs, historique de sinistres assurance, déclarations de voisins), la clause devient inopposable. De plus, la clause ne protège jamais un vendeur professionnel (promoteur, marchand de biens) qui est toujours présumé connaître les vices du bien vendu. Pour les particuliers, la preuve de leur mauvaise foi vous incombe — mais elle est déterminante pour obtenir des dommages et intérêts.
Comment prouver un vice caché en immobilier ?
La preuve repose d'abord sur le rapport d'expertise (expert en bâtiment, de préférence expert judiciaire inscrit sur liste de cour d'appel) qui établit : la nature du vice, son antériorité, son caractère caché, et le coût de remise en état. Complétez ce rapport avec des photos datées, les témoignages de voisins ou de l'ancien propriétaire, les documents remis lors de la vente (diagnostics, dossier de diagnostics techniques), et tout élément prouvant que le vice n'était pas visible lors des visites. Demandez également le dossier de sinistres auprès des assurances habitation précédentes du bien.
Que faire si le vendeur nie le vice caché ?
Procédez en quatre étapes : (1) Faites réaliser une expertise amiable par un expert en bâtiment certifié pour dater et qualifier le vice. (2) Envoyez une mise en demeure recommandée avec AR au vendeur en citant les articles 1641 et 1648 du Code civil, avec le rapport en annexe, délai de 15 jours. (3) En l'absence de réponse, déposez une requête en référé-expertise devant le tribunal judiciaire du lieu du bien — cette procédure d'urgence interrompt le délai de forclusion de 2 ans et aboutit à la désignation d'un expert judiciaire en 4 à 8 semaines. (4) Sur la base du rapport judiciaire, assignez le vendeur au fond pour obtenir l'annulation ou la réduction du prix. Un avocat est fortement recommandé à partir de l'étape 3.

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